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Séparation, divorces et crise sanitaire

Le 09 juin 2021

La pandémie et son climat anxiogène ont accentué les difficultés traversées par certains couples, jusqu'à les pousser à entamer une thérapie conjugale, voire à lancer une procédure de divorce.


"Le problème, c'est qu'on ne voit pas le bout de la crise sanitaire, ni de celle de notre couple", lâche Marie, 39 ans. Après quatorze années d'union, son mariage est en crise depuis un an. A l'instar de celui de cette mère de famille, de nombreux ménages ont vu leur équilibre voler en éclats, chamboulé par une épidémie de Covid-19 qui n'en finit pas.

Dans son bilan du premier confinement, qui a duré de mars à mai 2020, l'Insee rapporte que près d'une personne en couple sur quatre a trouvé cette période pénible. Cet enfermement a ravivé voire accentué les tensions qui pouvaient exister au sein des ménages. Certains ont poussé la porte d'un thérapeute pour tenter de sauver leur union, comme l'a fait Marie. Mais pour d'autres, le point de non-retour a été atteint. En novembre 2020, 4% des couples sondés par l'Ifop ont confié vouloir rompre définitivement.

"Je n'ai plus envie de rentrer chez nous"


"Je ne sais pas si l'année prochaine je serai toujours avec mon mari", confie Marie à demi-mot. La dépression de son compagnon mine leur mariage, explique-t-elle. En télétravail depuis plus d'un an, son mari vit en "ermite". "Toute sa solitude, il la reporte sur nous, moi et notre fils de 10 ans, et cela nous pèse énormément", se désole son épouse. "Le silence est devenu glacial et je n'ai plus envie de rentrer chez nous", reconnaît cette mère de famille, qui habite la campagne toulousaine. Pour "sauver [son] couple", tous les espoirs de Marie reposent sur la thérapeute qu'elle voit, avec son mari, une fois par mois depuis janvier.

"Il faudrait qu'on ait envie de se retrouver, mais pour l'instant on a plutôt envie de s'écarter."

Marie, en thérapie de couple à franceinfo  
Au sein du couple de Lise*, 32 ans, quand les disputes éclatent, ce n'est "jamais sur des sujets très sérieux", souligne la jeune femme. Mais elles n'en déclenchent pas moins des crises de "fureur" chez son mari. "Il est autiste Asperger et quand nos disputes vont trop loin, il n'arrive plus à gérer rationnellement", affirme-t-elle. Or depuis qu'ils sont rentrés du Canada, fin 2020, les difficultés et les prises de becs s'enchaînent. Le jeune couple habite chez les parents de la jeune femme à Bourgoin-Jallieu (Isère). Les finances sont au plus bas : chacun touche le RSA, en attendant de trouver un travail de saisonnier cet été. De plus, l'époux de Lise, explique-t-elle, "est britannique et avec le Brexit, les démarches administratives sont compliquées, ce qui ajoute des tensions et du stress dans notre couple". Cette situation a poussé Lise et son mari à entamer une thérapie en mars. 

"Comme il n'y a pas d'échappatoire, la dispute arrive"

Pour Lise comme pour Marie, trouver un conseiller conjugal disponible rapidement n'a pas été une mince affaire. "Ils sont tous débordés, constate Marie. C'est même compliqué d'avoir un rendez-vous d'un mois à l'autre avec le nôtre." En pleine pandémie, les thérapeutes conjugaux affichent complets. "J'ai doublé mes consultations de couples", calcule rapidement Evelyne Dillenseger, sexologue, thérapeute et membre du syndicat national des sexologues cliniciens. Dans son cabinet, situé dans le 5e arrondissement de Paris, les ménages qui défilent sont de plus en plus jeunes. "La majorité ont entre 25 et 35 ans, je pensais voir plutôt des couples à bout de souffle une fois les enfants partis", remarque-t-elle, étonnée.  

Si la pandémie met à rude épreuve les célibataires, freinés dans leur quête d'un ou d'une partenaire, cet isolement forcé n'épargne pas non plus les couples mariés. Finis les sorties culturelles, les échanges avec les collègues de bureau, les dîners entre amis ou les week-ends en famille... "Or ce lien social, en temps normal, nourrit le couple", rappelle la thérapeute Evelyne Dillenseger. Avec le temps, "ce manque de liberté, ce manque de choix" finit par peser sur les couples les plus fragiles.

"La pandémie ne fait que pointer des failles déjà existantes, elle ne fait qu'aggraver des problèmes de communication ou de dysfonctionnement chez des couples déjà vulnérables."

Evelyne Dillenseger, thérapeute de couple à franceinfo
Avec le premier confinement, Marie a pris conscience qu'elle était chargée de toutes les tâches ménagères. "J'étais devenue la dame de la cantine, la dame du nettoyage, la maîtresse d'école... Toutes les corvées étaient pour moi", décrit-elle. "Comme il n'y a pas d'échappatoire, la dispute arrive, analyse la thérapeute. En temps normal, on peut esquiver cet affrontement en allant voir quelqu'un, un ami, la famille, ou en faisant autre chose, mais là c'est impossible et cela finit par peser sur le couple." Lors du premier confinement, l'Insee a relevé que, pour l'ensemble des personnes en couple sondées, leurs disputes ont augmenté de 13%. 

Dans leur huis clos forcé, les couples se découvrent parfois sous un jour nouveau, pas forcément flatteur. Le confinement a parfois révélé les travers de certains ou fait naître de nouveaux comportements devenus insupportables pour leurs conjoints, constate la sexologue. "Combien de couples ont osé me dire : 'J'en ai marre de le voir en jogging', ou : 'Il ne se brosse plus les dents' , 'Il ne se lave plus'", énumère Evelyne Dillenseger. "Il y a aussi un laisser-aller dans les bonnes manières, où l'autre prend son aise. On ne ferme plus la porte des toilettes ou on mange bruyamment. Ce sont des tue-l'amour et l'on n'est plus dans la séduction. Or le couple, c'est la séduction", rappelle la thérapeute.


Une "explosion" des demandes de divorce

A force de confinements, de télétravail et de couvre-feux, certaines unions se sont définitivement brisées. Dans ces cas-là, pas de séance chez un thérapeute mais un rendez-vous chez l'avocat pour officialiser la séparation. "Les gens vont mal actuellement, il y a une explosion de demandes et le second confinement accélère les choses", remarque Laurence Mayer, avocate spécialiste en droit de la famille dans le 7e arrondissement de Paris. "Lors du premier confinement, j'ai été énormément consultée par téléphone par des gens qui n'en pouvaient plus, expliquant être dans une situation invivable", note l'avocate. Avec le déconfinement et un semblant de retour à la vie normale, environ la moitié des couples qui l'avaient sollicitée se sont rétractés. Mais les autres ont entamé une procédure de divorce ou de séparation.   

Dans le cabinet spécialisé en droit de la famille où officie l'avocate Jennifer Smadja, dans le 16e arrondissement de Paris, le nombre de demandes a également augmenté, de plus de 15% depuis la rentrée de septembre. La juriste a aussi vu revenir des gens qu'elle avait vus en consultation il y a un an et demi ou deux ans. "A l'époque, ils ne savaient pas trop s'ils voulaient entamer une procédure, aujourd'hui ces gens-là divorcent", constate-t-elle. 

"Les familles bancales n'ont pas tenu le choc du confinement. En télétravail 24 heures sur 24, avec des enfants en bas âge, les couples qui n'étaient pas solides ont éclaté."

Jennifer Smadja, avocate à franceinfo
Les deux avocates déplorent également une nette augmentation des violences conjugales et intrafamiliales dans les dossiers arrivant sur leurs bureaux. "Le confinement a fait exploser des tensions existantes qui sont devenues insupportables", relate Laurence Mayer. "Des femmes m'expliquent qu'elles ne reconnaissent plus leur mari devenu violent alors qu'il ne l'était pas avant." Avec le télétravail ou l'école à la maison, "des violences latentes deviennent omniprésentes", rapporte Jennifer Smadja. 

Ces avocates disent endosser de plus en plus le rôle d'écoutante, le temps d'un rendez-vous. "En ce moment, j'ai des cas très très durs, les gens vivent mal les choses et c'est très lourd à porter à la fin de la journée", avoue Laurence Mayer, qui dirige, à chaque fois que c'est possible, ces clients vers un thérapeute. "Le deuxième confinement et les vacances d'été risquent d'avoir un effet boomerang sur le nombre de séparations à la rentrée de septembre", redoute Jennifer Smadja.

Article paru sur le site de Franceinfo : https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/on-ne-voit-pas-le-bout-de-la-crise-sanitaire-ni-celle-de-notre-couple-comment-le-covid-19-aggrave-les-tensions-au-sein-des-menages_4611963.html

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